Quand s'unissent politique progressiste et recherche de qualité

Ce blog fait partie d'une série organisée en marge de la 19ème conférence mondiale sur le développement.

Une recherche de grande qualité est la condition sine qua non de la réussite de l'Inde dans la concrétisation de ses objectifs de développement durable. Cet article, écrit dans le cadre du concours international de blogs jeunesse 2019 de GDN, présente des travaux reconnus dans le cadre de l'Initiative de recherche du Président du Parlement indien.

Pour de multiples raisons, l'année 2015 a marqué un tournant dans la démarche de l'Inde pour le développement durable. Le pays a soumis sa Contribution Nationale Intentionnelle (INDC) à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, signé la Déclaration du Programme à l'horizon 2030 comprenant les 17 objectifs de développement durable (ODD) et assisté à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP 21) où les parties ont négocié l'Accord de Paris.

Mais une autre initiative gouvernementale majeure n'a pas reçu beaucoup d'attention en 2015 : le Parlement indien inaugurait la Speaker's Research Initiative (SRI – l'Initiative présidentielle pour la recherche) pour générer des contributions de recherche de haute qualité et mettre à la disposition des membres du Parlement (MP) les connaissances et l'expertise liées aux ODD. Rétrospectivement, la contribution de la SRI est la condition sine qua non de la réussite de l'Inde dans la concrétisation de ses objectifs de développement durable.

Fonctionnement de la SRI

La SRI met en relation les décideurs politiques avec les scientifiques et les chercheurs, leur fournissant une plateforme sur laquelle ils peuvent obtenir des informations sur des questions d'importance nationale, telles que le changement climatique, l'agriculture et la gestion de l'eau potable.

Il s'agit d'une étape majeure vers l'élaboration de politiques fondées sur des preuves scientifiques, puisque les chercheurs présentent aux députés leurs réflexions concernant des questions d'importance nationale. Forts de preuves scientifiques, de données récentes et de faits, les législateurs peuvent prendre des décisions éclairées et réfléchies.

La SRI mène ses activités quotidiennes dans les locaux du Parlement. Il existe un corps distinct appelé Cellule SRI, créé pour s'occuper des travaux relatifs à la SRI. Il leur incombe d'organiser et de mettre sur pied les ateliers, de se coordonner avec les experts et de publier les travaux de recherche menés dans le cadre de la SRI. Les membres de cette cellule sont généralement des cadres supérieurs de la fonction publique.

La SRI a son propre programme de bourses et de stages via lequel elle sélectionne chaque année des chercheurs et des stagiaires. Ces chercheurs, sélectionnés à la suite d'un processus rigoureux, travaillent ensuite sur les thèmes définis par la Cellule SRI. Cette dernière les aide également à présenter leur travail aux députés et à le publier pour les besoins futurs. Mais il convient de noter que la plupart des experts ayant présenté leur travail n'étaient pas employés par la SRI.

L’impact de la SRI

Depuis sa création, la SRI a organisé plusieurs ateliers, présenté des documents de recherche et publié des notes d'information d'experts destinées aux parlementaires. Elle a eu un impact direct et indirect remarquable sur l'élaboration des politiques. Le tableau ci-dessous contient une brève estimation des contributions directes quantifiables apportées par la SRI.

 

Contribution

Nombre

Documents présentés

45

Ateliers organisés

37

Notes d'information publiées

18

Scientifiques/experts participants

94

Bourses de recherche

25/an

Opportunités de stages

100+

 

Outre les contributions mentionnées ci-dessus, la SRI a également publié deux documents détaillés traitant de la position de l'Inde par rapport aux ODD et les défis liés à leur mise en œuvre.

Parmi les experts impliqués dans la SRI, on retrouve le Dr Ajay Mathur (Directeur général de l'Institut de l'énergie et des ressources), le Dr Harsh Kumar Bhanwala (Président de la Banque nationale pour l'agriculture et le développement rural, NABARD), Madhav Gadgil (fondateur du Centre des sciences écologiques) et Mohandas Pai (lauréat du Padma Shri). Tous sont reconnus dans leurs domaines respectifs pour la rigueur de leur formation académique, la profondeur de leur expérience et leur expertise.

À travers les ateliers et les articles présentés aux parlementaires, les chercheurs attirent l'attention sur les causes principales des grands problèmes et formulent des recommandations pour les résoudre. Plus qu'une idée générique, les législateurs ont donc une vraie compréhension des questions importantes, ce qui leur permet de travailler à des solutions beaucoup plus efficaces et rapidement applicables.

Par exemple, un document sur les Préoccupations environnementales en Inde du Dr Ajay Mathur a énuméré les principales raisons de la détérioration de la qualité atmosphérique en Inde et recommandé la mise en œuvre d'un programme national d'assainissement de l'air. Ce programme a été accepté et lancé au cours de l'année suivant sa présentation.

De même, dans un atelier sur les Défis et opportunités dans l'agriculture, le Dr Harsh Kumar Bhanwala a souligné les problèmes fondamentaux qui affectent l'agriculture indienne et recommandé d'augmenter les flux de crédit vers l'agriculture. Le gouvernement a opéré ces changements à travers le projet d'amendement de la NABARD et a multiplié le capital de la NABARD par six.

Autre exemple encore, dans son article sur la gestion de l'eau douce, TC James a souligné la possibilité de tirer profit du dessalement et plaidé en faveur de l'investissement dans la R&D pour l'eau douce. L'année suivante, le ministère de l'Eau Potable et de l'Assainissement s'est vu alloué son plus gros budget jamais enregistré, notant une augmentation de 49 % par rapport à l'année précédente. Récemment, l'Inde a commencé à travailler sur une nouvelle usine de dessalement dans une ville que TC James explore, dans ses travaux de recherche, comme une option viable.

Ce ne sont là que quelques exemples parmi les nombreux changements apportés grâce aux travaux de recherche présentés sous l'égide de la SRI.

Les chercheurs ont soumis de nombreux articles influents sur des sujets liés aux ODD. Bien que la plupart des travaux de recherche présentés jusqu'à présent aient été concentrés sur les ODD 1, 2, 3, 14 et 16, ils ont eu un impact mesurable sur presque tous les objectifs, étant donné que tous les ODD sont liés. En effet, au fil des années, quatre ateliers ont porté exclusivement sur le sujet des ODD, y compris le tout premier.

Depuis la création de la SRI en 2015, l'Inde est devenue beaucoup plus sensible au changement climatique et plus active dans sa poursuite des ODD. Sur le terrain, l'impact a été significatif.

En 2016, l'Inde a décidé de passer directement des normes d'émission BS-IV à BS-VI. En 2017, le ministre des Transports indien a annoncé un plan ambitieux pour ne produire que des voitures électriques à partir de 2030 pour réduire la pollution, et l'Inde devrait atteindre les objectifs INDC avant l'échéance. Le rôle de la SRI a été déterminant pour amener un tel changement de paradigme dans l'approche du gouvernement en matière de développement durable.

La SRI a également eu un impact indirect significatif sur le processus de mise en œuvre d'une recherche de qualité dans l'élaboration des politiques. Il est important de reconnaître que lorsque les décideurs politiques apprécient un travail de recherche de haute qualité, cela agit également comme un coup de pouce au moral des autres scientifiques et les encourage à poursuivre leur travail en toute confiance.

Un autre impact indirect majeur de la SRI a été de rassembler une jeune génération de chercheurs motivés à travers des programmes de bourses et de stages. Chaque année, plus de 100 chercheurs prennent part à cette initiative via le programme de stages, ce qui leur donne l'occasion de réseauter avec des experts et la possibilité de mettre en œuvre leurs idées à grande échelle.

Défis

Malgré les nombreuses contributions de la SRI, l'initiative est également confrontée à plusieurs défis qu'elle devra relever dans les années à venir. Pour commencer, la SRI sous sa forme actuelle est un « tigre de papier ». Les recommandations présentées sont consultatives et ne sont pas susceptibles d'être mises en œuvre. Les députés ne sont pas tenus de répondre aux recommandations proposées.

En outre, les thèmes des ateliers ne suivent aucune structure définie et sont organisés selon les besoins. Cela signifie que de nombreuses recherches bien documentées passent inaperçues.

Un autre défi majeur auquel est confrontée la SRI est le manque de sensibilisation à son programme de stages et de bourses parmi les étudiants en dehors de la capitale, Delhi. Cela signifie que beaucoup de chercheurs émergents talentueux ratent la chance de participer au programme.

La marche à suivre

La SRI est une initiative unique qui place les chercheurs et les scientifiques au premier plan de l'élaboration des politiques, améliorant ainsi la qualité des débats et des discussions au sein du Parlement. Cela permet aux législateurs une plus grande réactivité face aux problèmes actuels, puisqu'ils ont accès à des données de recherche et des informations actualisées.

À la suite de ce succès, les provinces de l'Inde ont commencé à mettre en œuvre leur propre version locale de la SRI. Compte tenu de la montée des politiques protectionnistes dans le monde, les possibilités de lancement de programmes similaires dans d'autres pays sont nombreuses. Cela signifiera que les législateurs ont désormais la responsabilité et la capacité nécessaires pour prendre des décisions fondées sur la recherche et les données, afin de créer un impact positif à long terme.

 

Auteur :

Avnish Gaur est un étudiant en gestion, qui poursuit un MBA à la XLRI, à Jamshedpur en Inde. Il est diplômé de l'IIT Delhi et compte 4 ans d'expérience professionnelle dans le secteur technologique. 

 

Le concours international de blogs jeunesse a été organisé en partenariat et avec le soutien de l'Alliance de Bonn pour la recherche sur le développement durable et avec le Stiftung Internationale Begegnung der Sparkasse à Bonn.