• 06 Jan 19
  • Posted by Jayne, Thomas
  • Agriculture
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Transformation agricole en Afrique : défis et opportunités

Le développement rapide de l’agriculture est à la base d’une grande partie des résultats économiques récents enregistrés en Afrique. Toutefois, la dépendance continue vis-à-vis de l’expansion des superficies cultivées n’est pas une voie durable pour le développement futur : les décideurs politiques doivent plutôt se concentrer sur l’amélioration des rendements. Cet article décrit les mesures à prendre pour stimuler la croissance de la productivité de l’agriculture africaine, notamment la nécessité d’un engagement sincère en faveur de la recherche et du développement agricole. Si le secteur privé sera le moteur de l’investissement dans la transformation du secteur agricole, c’est l’action des gouvernements qui sera déterminante pour établir le rythme des investissements privés.

Commençons par la bonne nouvelle : l’agriculture africaine est en cours de transformation

Entre 2000 et 2015, la production agricole en Afrique subsaharienne a progressé plus rapidement que dans toutes les autres régions du monde. Ce résultat est impressionnant et devrait être largement reconnu.

La croissance agricole a également grandement contribué à la diversification de l’économie africaine et à l’augmentation du nombre d’emplois non agricoles, grâce à de solides liens économiques entre l’agriculture et le reste de l’économie. La croissance fulgurante des emplois non agricoles fait qu’il est tentant de penser que le secteur non agricole constitue le centre du dynamisme économique. Penser de cette façon revient à ignorer le rôle essentiel que la croissance agricole a joué dans la diversification économique et le développement du continent.

L’un des plus grands avantages de la croissance agricole, soutenu par des données de recherche substantielles, est le fait qu’en mettant plus d’argent entre les mains de millions de ruraux, la croissance agricole stimule la demande des biens et des services dans les économies rurales, et renforce la croissance des emplois et des revenus non agricoles.

L’essentiel est que la croissance agricole a largement contribué à la diversification économique et l’augmentation des revenus non agricoles récemment enregistrées en Afrique.  

Parlons à présent de la mauvaise nouvelle

La croissance agricole rapide de l’Afrique est essentiellement due à l’expansion des superficies cultivées, et non à l’accroissement des rendements. Pourtant, cela ne constitue pas une voie durable du développement. Même si l’Afrique abrite plus de la moitié des terres arables non utilisées du monde, leur exploitation entraînerait d’importants coûts pour l’environnement et la biodiversité.

L’augmentation de la productivité des terres agricoles existantes est bien évidemment la meilleure approche pour une transformation agricole durable en Afrique. Pour ce faire, il est nécessaire de :

1. Bien énoncer le problème

Les agences de développement, notamment l’USAID et la Fondation Bill and Melinda Gates, constatent que le secteur agricole est un vaste système, comprenant l’approvisionnement en intrants, le financement agricole, l’assurance, la production à la ferme, l’agrégation des récoltes, le transport longue distance, la transformation, le commerce de détail, etc.

C’est le développement de ce système agroalimentaire qui est important. La capacité des agriculteurs à adopter de nouvelles technologies et des pratiques durables dépendra du système agroalimentaire dans son ensemble, notamment à travers la fourniture de ces technologies et des services qui leur sont relatifs.

2. Se concentrer sur la fourniture des biens publics qui sont les plus importants pour l’augmentation de la productivité

En dépit de ce qui précède, le danger qu’il y a à essayer de couvrir l’ensemble du système est de perdre de vue le fait que certaines étapes sont plus importantes que d’autres, notamment l’aide au développement.

La capacité des agriculteurs à adopter de nouvelles technologies dépend de la production et de la diffusion de ces technologies. Les agriculteurs africains sont pénalisés par le fait que leurs gouvernements dépensent environ un huitième de ce que les gouvernements asiatiques dépensent par agriculteur pour la recherche et le développement. Il n’est pas étonnant qu’au cours des quatre dernières années, les rendements de cultures ont augmenté beaucoup plus rapidement en Asie qu’en Afrique.

La conclusion est qu’il est donc nécessaire de se focaliser pleinement sur la production et la diffusion des technologies et des pratiques agricoles améliorées adaptées aux conditions très diverses de l'Afrique. Dans la pratique, cela signifie l’amélioration du fonctionnement des systèmes de recherche, de développement et de vulgarisation agricoles chroniquement sous-financés.

3. Améliorer la sécurité du régime foncier, en particulier pour les femmes et les jeunes

L’augmentation de la productivité agricole nécessite également la sécurité du régime foncier pour inciter davantage les agriculteurs à investir à long terme dans la qualité de leurs terres sans courir le risque d’être expropriés. Les agricultrices sont en particulier vulnérables à ces risques.

Les institutions foncières africaines doivent également trouver des moyens de permettre aux jeunes d’accéder à des terres. Compte tenu de la rareté croissante des terres dans de nombreuses régions, le rôle de l’héritage des terres – considéré à une époque comme un droit de naissance des jeunes ruraux – est en déclin. Les jeunes sont plus que jamais dépendants des marchés fonciers s’ils veulent continuer à participer, au moins partiellement, à l’agriculture.

4. Améliorer l’environnement pour l’investissement privé

C’est le secteur privé – les grandes entreprises capitalisées et les millions de micro-entrepreneurs – qui feront des investissements qui font avancer les systèmes agroalimentaires africains. Mais la portée de leurs investissements – et les montants qu’ils investissent – sera déterminée par des mesures complémentaires prises par les gouvernements :

  • Les gouvernements investissent-ils dans les infrastructures : routes, réseaux ferroviaires, ports, électrification fiable, irrigation et réseaux de transport pour les technologies d’information et de communication ?
  • Les gouvernements investissent-ils dans les programmes de recherche et de vulgarisation agricoles pour permettre à leurs agriculteurs de devenir plus productifs et compétitifs à l’échelle internationale ?
  • Les gouvernements établissent-ils un environnement politique prévisible propice à l’investissement privé ?

Si le secteur privé sera certainement le moteur de la transformation de l’agriculture, c’est l’action du gouvernement qui sera la plus décisive pour la rendre possible. L’action du gouvernement déterminera quand, comment et dans quelle mesure l’investissement privé s’injectera dans l’économie pour la faire avancer de manière durable.

5. Investir dans les capacités d’analyses des politiques pilotées par les Africains

Les gouvernements africains cherchent à dégager des orientations politiques pour traduire les slogans tels que « le climat intelligent » et « intensification durable » en des programmes et des politiques pratiques. Ils doivent être guidés par des preuves solides et des discussions et des orientations interactives sur le terrain – fournies par des instituts de recherche agricole locaux dirigés par des Africains.

Les partenaires au développement peuvent soutenir ce processus en proposant de compléter les fonds contribués par les gouvernements africains en vue du financement et du développement à long terme de ces institutions.

Conditions préalables à la transformation durable de l’agriculture

Les éléments de cette liste restreinte ne sont pas exhaustifs, mais ils constituent des conditions préalables pour une transformation agricole durable. Avec une telle focalisation, et avec des engagements réels des gouvernements du continent et de leurs partenaires, je demeure optimiste que l’agriculture africaine s’appuiera sur les succès enregistrés au cours de la dernière décennie, et se transformera plus rapidement que beaucoup ne l’auraient imaginé.

 

Auteur:

Thomas Jayne est professeur d’agriculture, d’alimentation et d’économie des ressources à l’Université de l’État du Michigan et co-directeur de l’Alliance for African Partnership.