• 27 Jan 20
  • Posted by Bigonha, Carolina , Chakava, Andia , Dasgupta, Jashodhara , Taylor, Peter
  • Recherche et Politiques

Recherche pour le développement : quelles leçons pour des temps difficiles ?

Lors d’une conférence organisée en octobre 2019 pour fêter le 20e anniversaire de GDN, il a été beaucoup question du pouvoir de la recherche et des preuves pour aider à relever les défis mondiaux, ainsi que des conséquences de celles-ci sur notre compréhension et nos pratiques en matière de développement. Cette rubrique présente trois leçons clés tirées de ces discussions.

Même si notre monde fait face à d’immenses défis, nous restons optimistes et pensons que de véritables alternatives sont en train de voir le jour, soutenues qui plus est par des preuves et données de recherche. L’Agenda 2030 et les Objectifs de développement durable créent une véritable dynamique de changement positif dans les secteurs public et privé. Les citoyens unissent leurs forces pour façonner les processus sociaux indispensables à une véritable transformation.

Pourtant, nous savons aussi que le changement positif n’est pas vécu de la même manière partout, ni par tout le monde. Au rythme actuel des progrès mondiaux, il est difficile d’imaginer un monde dans lequel « personne n’est laissé pour compte ».

Lors de la Conférence mondiale sur le développement de 2019, au cours d’une session organisée avec le soutien du Centre de recherches pour le développement international du Canada, nous avons ouvert une réflexion sur le pouvoir de la recherche et des preuves pour aider à relever les défis mondiaux et les conséquences de celles-ci sur notre compréhension et nos pratiques en matière de développement.

Cette réflexion s’appuie sur d’autres travaux et initiatives et établit des liens avec eux. Cependant, elle arrive à point nommé et est porteuse d’un message fort : nous n’avons pas simplement besoin de faire « plus de recherche ». Nous devons entreprendre des recherches qui ont un impact fondamental.

Si, en tant que chercheurs, nous sommes sérieux dans l’élaboration de politiques fondées sur des données probantes, il nous faut intégrer le système complexe et désordonné des relations entre l’État et les citoyens et nous attaquer aux questions de politique et de gouvernance. Si nous voulons devenir des acteurs dynamiques et de véritables agents de changement, nous devons mieux refléter la diversité de la société et acquérir de nouvelles compétences et capacités.

Nous sommes sortis de ce dialogue avec les trois leçons clés suivantes.

Nous aspirons à un monde inclusif – un monde qui a besoin de recherches utiles

Un monde inclusif exige que tous les citoyens s’engagent dans une activité sociale, culturelle, politique et économique. Des opportunités apparaissent déjà. Par exemple, l’activité entrepreneuriale est en augmentation en Afrique, et les femmes y occupent une place centrale, en particulier dans des secteurs en développement tels que l’agriculture, le textile et l’habillement.

Mais beaucoup de gens, et les jeunes en particulier, manifestent toujours des opinions arrêtées et des préjugés sur les rôles des hommes et des femmes. Il est nécessaire de partager davantage d’expériences positives et d’exemples d’égalité entre les sexes, afin d’encourager les femmes, en particulier, à élever leurs aspirations.

La recherche peut aider en explorant et en identifiant les obstacles à la croissance entrepreneuriale ainsi que les idées reçues concernant certains groupes de la société – les femmes, les jeunes, les marginalisés – à l’origine de préjugés inconscients. Nous devons en savoir plus sur les expériences pratiques des femmes autochtones, en particulier celles qui travaillent dans le secteur informel – par exemple, avec les fournisseurs de capitaux traditionnels tels que les institutions de microfinance et les banques.

Les relations entre l’État et les citoyens sont en crise, notamment en ce qui concerne les données

Les données sur la vie, les déplacements et les comportements des personnes sont de plus en plus collectées et utilisées par les secteurs public et privé. Dans nombre de cas, désormais, les citoyens sont exclus de l’accès à ces données, alors même qu’elles sont utilisées pour éclairer des décisions affectant leur vie de façon directe. Alors que le secteur privé et les entités politiques s’entendent pour accroître leur implication et leur contrôle des données, nous constatons que les libertés individuelles, la sécurité, la transparence, la vie privée et les processus politiques sont compromis.

Même si nous assistons à l’explosion de l’information et de la communication, tous les groupes de la société sont-ils réellement représentés dans la production de preuves et de données de recherche ? En tant que chercheurs, parlons-nous et nous engageons-nous suffisamment auprès de ceux qui ont moins de pouvoir dans la société ?

Nous devons aider les citoyens à reconstruire leur confiance dans les preuves et les données grâce à des démonstrations claires de la pertinence et de l’utilité de la recherche. Nous avons également besoin de recherches et de preuves pour informer et établir des cadres réglementaires solides nécessaires à la production et l’accès aux données.

Les chercheurs et les citoyens doivent trouver de nouvelles formes d’engagement

Pour progresser vers un monde inclusif où personne n’est laissé pour compte, les chercheurs comme les citoyens auront besoin de nouveaux ensembles de compétences et de capacités. L’éducation est primordiale pour aider les individus à redéfinir leurs capacités, à apprendre plus rapidement et plus efficacement à utiliser les nouvelles technologies et à s’adapter encore davantage à un monde en mutation.

En tant que chercheurs, nous devrons être tournés vers l’avenir, repérer les tendances et identifier et comprendre les régimes, tant publics que privés, qui tenteront de contrôler les connaissances et d’en limiter l’accès. Il faudra aussi veiller à ce que les produits de la « recherche sur le développement » soient communiqués aux citoyens ainsi qu’aux décideurs politiques et à ce que les débats sur les politiques publiques soient éclairés par des données probantes valides, solides, crédibles et utiles.

Nous devons inciter les femmes, les filles, les jeunes et les communautés marginalisées à s’engager dans la recherche, et devons promouvoir la collaboration, briser les cloisonnements et trouver des moyens de « co-créer » des connaissances.

Conclusion

Dans notre échange, nous avons été heureux d’entendre de nombreuses personnes exprimer leur conviction que la recherche peut être utilisée comme un outil efficace pour étayer les preuves de « ce qui fonctionne ». Elle a le pouvoir de révéler de nouveaux paradigmes et de remettre en question le statu quo. Elle peut fournir des données qui contribuent à susciter une plus grande adhésion, et un sentiment d’urgence, nécessaires pour relever certains des défis sociaux les plus urgents.

Mais pour apporter une réelle contribution à un changement positif, nous devons garder les yeux tournés vers l’avenir. Nous devrons nous assurer que les processus de recherche sont aussi inclusifs que possible. Nous devons être efficaces en matière de communication partagée et de diffusion de preuves utiles pour encourager l’action collective.

Ce n’est pas un programme facile, mais nous avons bon espoir d’établir des liens et de collaborer avec d’autres chercheurs, ainsi que des citoyens, dans ce voyage commun.

 

Auteur.e.s :

Carolina Bigonha est une entrepreneuse expérimentée qui a fait ses preuves dans le secteur de l’intelligence artificielle. Qualifiée en gestion des produits, en informatique et en science des données, Carolina est la co-fondatrice de Hekima, une entreprise technologique spécialisée dans les solutions d’intelligence artificielle.

Andia Chakava est une professionnelle de l’investissement, actuellement directrice des investissements au Graca Machel Trust où elle dirige l’initiative d’investissement dans la perspective de genre de l’organisation. Elle est passionnée par la facilitation des investissements intra-africains et l’éducation des investisseurs. 

Jashodhara Dasgupta, chercheuse en santé publique et défenseuse des droits des femmes, travaille depuis plus de 30 ans dans le secteur bénévole. Elle a cofondé des organisations de la société civile, dont SAHAYOG qu’elle a dirigée pendant 12 ans, et a récemment été nommée directrice exécutive de la National Foundation for India, une organisation subventionnaire qui travaille sur les questions de justice sociale. 

Peter Taylor est directeur de la recherche à l’Institute of Development Studies (IDS) au Royaume-Uni. Il compte plus de 30 ans d’expérience en développement international et en tant que leader, chercheur, éducateur et conseiller technique dans des organisations telles que le Centre de recherches pour le développement international (CRDI), au Canada, l’Institut des études sur le développement, au Royaume-Uni, Helvetas, et autres.